La cétose, aussi appelée acétonémie, est l’un des troubles du métabolisme les plus fréquents chez la vache laitière en début de lactation.
Contrairement à certains troubles plus visibles, la cétose est souvent discrète et progressive, mais ses conséquences sur la production, la reproduction et la santé du troupeau peuvent être importantes.
Dans de nombreux élevages, la cétose reste subclinique, c’est-à-dire sans symptômes évidents. Pourtant, elle peut déjà impacter fortement les performances du troupeau.
Qui est concerné par l’acétonémie chez la vache laitière ?
Elle apparaît principalement dans les premières semaines après le vêlage, lorsque les besoins énergétiques explosent alors que l’ingestion reste limitée.
Selon plusieurs études internationales, la prévalence de la cétose subclinique en début de lactation varie généralement entre 7 % et 43 % des vaches, selon les troupeaux et les systèmes d’élevage, avec une moyenne d’environ 24 % de cétose subclinique dans les trois premières semaines de lactation.
Qu’est-ce que l’acétonémie ou cétose chez la vache laitière ?
La cétose est un trouble du métabolisme énergétique lié à un déficit d’apport en glucose.
Attention à ne pas confondre acétonémie avec acidose.
Après le vêlage, la vache doit produire rapidement beaucoup de lait, ce qui nécessite une grande quantité d’énergie. Or, l’ingestion augmente plus lentement que les besoins.
On parle alors de bilan énergétique négatif.
Pour compenser ce manque d’énergie :
la vache mobilise ses réserves graisseuses
ces graisses sont transformées dans le foie
cela produit des corps cétoniques
Les principaux corps cétoniques sont :
le β-hydroxybutyrate (BHB)
l’acétoacétate
l’acétone
Lorsque leur concentration devient trop élevée dans le sang, on parle de cétose.
La cétose subclinique est généralement définie par une concentration sanguine de β-hydroxybutyrate (BHB) ≥ 1,2 mmol/L.
Acétonémie : ce qui se passe réellement dans l’organisme
Lorsque l’ingestion ne couvre plus les besoins énergétiques :
les réserves graisseuses sont mobilisées
les acides gras arrivent massivement dans le foie
une partie est transformée en glucose
l’excès est converti en corps cétoniques
Si cette production dépasse la capacité d’utilisation de l’organisme :
les cétones s’accumulent dans le sang
l’appétit diminue
la production laitière chute
la vache entre dans un cercle vicieux métabolique
Ce phénomène peut aussi perturber l’immunité. Des concentrations élevées de β-hydroxybutyrate (BHB) peuvent par exemple réduire l’efficacité des cellules immunitaires, augmentant la sensibilité aux infections comme les mammites.
Les moments à risque en élevage qui donnent des cétoses
Autour du vêlage
La période de transition (3 semaines avant et 3 semaines après vêlage) est la plus critique. Avant le vêlage, l’ingestion diminue naturellement et la croissance du veau limite la capacité digestive. Après le vêlage, la production laitière démarre rapidement. Les besoins énergétiques explosent et donc la vache ne peut pas encore consommer suffisamment. Cette période correspond au pic de mobilisation des graisses corporelles. Il est donc nécessaire de mettre en place une bonne phase de préparation au vêlage.
Vaches à haut potentiel laitier
Les vaches très productrices sont particulièrement exposées (production élevée, besoins énergétiques très importants, risque de bilan énergétique négatif plus marqué). Les multipares sont généralement plus touchées que les primipares, notamment parce qu’elles produisent plus de lait. Dans certaines études, la prévalence de cétose subclinique peut dépasser 50 % chez les multipares dans certains troupeaux.
Autres facteurs de risque
Sur le terrain, plusieurs situations favorisent la cétose :
vaches trop grasses au vêlage (NEC > 3,5)
ingestion insuffisante en début de lactation
stress thermique
ration mal équilibrée
transitions alimentaires trop rapides
troubles post-partum (fièvre de lait, métrite)
Symptômes observables chez la vache laitière en cas d’acétonémie
La cétose peut rester longtemps subclinique, mais certains signaux doivent alerter.
Signaux directs chez les vaches
baisse d’appétit
diminution de la production laitière
amaigrissement rapide
vache plus apathique
rumination en baisse
Dans les formes cliniques, on peut observer :
odeur d’acétone dans l’haleine ou le lait
refus d’aliment concentré
parfois signes nerveux (cétose nerveuse)
Signaux indirects dans les données du troupeau
Plusieurs indicateurs peuvent orienter vers un problème de cétose :
augmentation du rapport TB/TP
baisse du lactose
augmentation des cellules somatiques
fertilité en baisse
Une concentration élevée de BHB dans le lait peut également être utilisée pour détecter la cétose subclinique. La concentration de BHB dans le lait est bien corrélée à celle du sang et constitue un bon indicateur de diagnostic.
Conséquences sur la santé et les performances en cas d’acétonémie
La cétose ne se limite pas à une simple perte de production.
Elle augmente fortement le risque de plusieurs maladies : métrites, déplacement de caillette, boiteries, mammites.
Les vaches atteintes de cétose subclinique présentent par exemple :
4,9 fois plus de risque de métrite
6,1 fois plus de risque de déplacement de caillette.
La fertilité peut également être fortement impactée, avec une baisse du taux de fertilité et un allongement de l’intervalle vêlage-1ère IA fécondante.
Traitement et conduite à tenir
Le traitement vise à rétablir rapidement l’équilibre énergétique.
Les interventions les plus courantes sont :
administration de propylène glycol
perfusion de glucose
correction de la ration
traitement des maladies associées
Plusieurs solutions peuvent être utilisées en prévention :
propylène glycol en début de lactation
levures vivantes
Dans certains cas, plusieurs jours de traitement sont nécessaires pour rétablir l’appétit et la production.
L’objectif est d’avoir des vaches au vêlage avec un score d’état corporel compris entre 3 et 3,25. Les vaches trop grasses mobilisent davantage de graisses après le vêlage, ce qui augmente le risque de cétose.
Conclusion
L’acétonémie chez la vache laitière est :
un trouble du métabolisme énergétique
une maladie très fréquente en début de lactation
un facteur majeur de perte économique en élevage laitier
Dans la majorité des cas, elle reste subclinique, mais ses effets sur la santé, la fertilité et la production peuvent être importants.
La clé reste la prévention :
gestion de l’état corporel
ration adaptée à la transition
ingestion maximale après vêlage
surveillance attentive du troupeau
Observer les vaches, comprendre leur métabolisme et anticiper les périodes à risque restent les meilleurs moyens de limiter la cétose dans les élevages laitiers.

Article co-rédigé avec Eva Garre
Eva est nutritionniste indépendante pour les éleveurs bovins. Elle accompagne les éleveurs pour atteindre l’autonomie alimentaire et maximiser leur rentabilité.
Contactez Eva au 06.59.58.22.32 ou par mail eva@evaenelevage.fr
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