Grippe, toux, baisse de production, cure de vitamines … : des mots qui préoccupent chaque éleveur en saison hivernale.
Les bovins peuvent être soumis à des stress respiratoires. Une ration adaptée et des compléments ciblés renforcent leur résistance et préparent le système immunitaire des vaches laitières.
Comprendre les risques hivernaux
En hiver, la vache laitière subit un double stress : climatique et métabolique.
- Le froid fragilise les muqueuses respiratoires.
- Le vêlage réduit l’immunité naturelle.

- La promiscuité en bâtiment augmente la circulation des agents pathogènes. Les affections regroupées sous le terme « complexe respiratoire bovin » sont alors plus fréquentes.
- Les virus et bactéries opportunistes trouvent un terrain favorable.
L’agriculteur doit donc agir en prévention et non seulement en traitement.
Vitamine C et immunité des vaches laitières
Chez la vache adulte, la vitamine C est synthétisée par l’organisme. Cependant, son niveau chute au vêlage et lors de stress.
Les symptômes à surveiller sont : écoulements nasaux, toux sèche, fièvre, baisse de consommation, et chute de production laitière.
Pour un effet préventif, il est conseillé de démarrer une cure 3 à 4 semaines avant le vêlage ou la saison froide. La dose recommandée est de 10 à 20 g/jour sous forme rumen-protégée.
Cela permet de limiter la baisse plasmatique et de soutenir la fonction immunitaire. Les effets cliniques restent modérés, mais un apport régulier réduit légèrement le risque de troubles respiratoires.
Les résultats sont aussi visibles sur la baisse du comptage cellulaire dans le lait (les leucocytes).
Chez le veau, les données suggèrent un effet plus marqué en cas de froid ou de transport. L’apport n’est pas systématique mais pertinent en période de forte pression infectieuse.
Levures et résistance respiratoire
L’ajout de levures vivantes (Saccharomyces cerevisiae) améliore la digestion et stabilise le rumen. Mais l’intérêt principal en hiver est immunitaire.
Elles doivent être intégrées au moins 2 semaines avant la période de stress hivernal.
Les parois de levures, riches en β-glucanes et MOS, stimulent la réponse non spécifique, et limitent la gravité des maladies respiratoires.
Les éleveurs doivent surveiller des signes précoces de déséquilibre digestif (bouses molles, baisse d’appétit), car cela fragilise aussi la résistance respiratoire.
Des essais montrent une réduction des symptômes respiratoires chez veaux et jeunes bovins. Le bénéfice est renforcé en cas de regroupement ou de ventilation insuffisante.
La levure agit donc comme un soutien global, moins ciblé que la vitamine C, mais plus constant. L’utilisation régulière de levures améliore la résilience globale du troupeau.
Argiles et gestion des mycotoxines
Les argiles comme la smectite ou la bentonite sont utilisées comme adsorbants : elles piègent les mycotoxines de la ration.
Ces toxines affaiblissent l’immunité et aggravent la sensibilité aux maladies respiratoires.
Les signes d’alerte incluent : baisse de fertilité, diarrhées persistantes, ou chute d’immunité.
Elles doivent être intégrées de manière continue dans la ration dès l’automne pour sécuriser l’alimentation.
En hiver, une ration contaminée peut rendre les vaches plus vulnérables. Les argiles réduisent ce risque.
Attention toutefois à leur usage excessif, qui peut fixer oligo-éléments et vitamines. Le choix d’un produit spécifique et testé reste essentiel.
Vigilances à l’achat et coûts moyens
L’éleveur doit rester attentif à plusieurs points lors de l’achat :
Forme adaptée : vitamine C rumen-protégée, levures vivantes certifiées, argiles spécifiques anti-mycotoxines.
Certification : produits enregistrés et conformes aux normes alimentaires animales.
Étiquetage clair : indication des doses et recommandations d’usage.
Côté coûts, les prix moyens constatés sont :
Vitamine C rumen-protégée : 6 à 10 €/kg, soit environ 0,15–0,25 €/vache/jour.
Levures vivantes : 4 à 6 €/kg, avec un coût journalier de 0,10–0,20 €/vache.
Argiles spécifiques : 1 à 3 €/kg, soit 0,05–0,15 €/vache/jour selon le niveau d’incorporation.
Inutile d’acheter des produits « complets » à des prix très élevés. Lisez bien les étiquettes. Très souvent, les produits comprennent un mélange de vitamines, argiles, levures, … alors à quoi bon l’acheter parfois plus de 3000 €/t !
Bonnes pratiques de prévention
La réussite ne repose pas sur un seul additif. Une prévention efficace combine plusieurs leviers :
Ventilation des bâtiments et réduction de l’humidité.
Vaccination adaptée contre les agents respiratoires bovins.
Gestion rigoureuse du stress autour du vêlage.
Ration équilibrée en énergie, protéines, vitamines et oligo-éléments.
Les compléments comme vitamine C, levures et argiles sont des outils de soutien, mais leur efficacité maximale dépend d’un plan global de conduite du troupeau.
Conclusion
Préparer les vaches aux maladies hivernales demande rigueur et anticipation. Les compléments comme vitamine C, levures et argiles s’inscrivent dans un plan global. Associés à une bonne gestion du troupeau, ils améliorent la santé et la performance laitière en hiver
En cas de besoin, rapprochez-vous de votre conseiller d’élevage ou nutritionniste indépendant.
Bibliographie
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