Gestion des prairies et pâturage de mars en vache laitière représentent des défis majeurs pour les éleveurs laitiers.

Les conditions climatiques printanières fluctuantes impactent directement la croissance de l’herbe.

La mise à l’herbe précoce nécessite une planification rigoureuse basée sur des indicateurs précis.

Les gelées matinales peuvent stopper l’élan de pousse observé généralement début mars.

La remontée des températures combinée aux précipitations, généralement répandues en mars, devrait néanmoins stimuler la reprise de croissance.

Les relevés de pousse réalisés dans différentes zones géographiques françaises montrent une croissance entre 7 et 35 kg MS/ha/jour, avec une moyenne de 19 kg MS/ha/jour.

État contrasté des parcelles en mars

La portance constitue le facteur limitant principal pour l’accès aux prairies.

Certaines parcelles bien ressuyées ont permis des exploitations précoces avant mi-mars.

D’autres parcelles peuvent parfois encore se trouver sous l’eau, et ainsi être accessibles aux animaux et aux engins seulement au mois d’avril.

Le seuil de 350°C jour est le repère pour la mise à l’herbe des bovins. Il n’est pas toujours atteint à la mi-mars, surtout dans les zones précoces.

Hétérogénéité des hauteurs d’herbe

Rien de tel que de mesurer les hauteurs d’herbe avec un herbomètre. Il permet ainsi de connaître la biomasse d’herbe disponible en ks MS/ha.

Les hauteurs d’herbe varient selon plusieurs facteurs : prairie temporaire ou naturelle, âge de la prairie, choix des espèces, précocité de la flore, exploitation antérieure et impact des excès hydriques.

Les mesures à l’herbomètre révèlent des variations importantes au mois de mars : de 5-6 cm jusqu’à 12-13 cm.

    Gestion optimale du pâturage de mars en vache laitière

    Le déprimage constitue la première étape cruciale pour une saison de pâturage réussie. Cette technique permet d’éliminer les parties végétales abîmées par l’hiver. Elle stimule également le tallage en apportant davantage de lumière aux graminées et aux trèfles.

    Si les hauteurs d’herbe mesurées à l’herbomètre sont inférieures à 12-13 cm, alors vous pouvez faire pâturer vos bovins, sous réserve de la portance des sols. Le déprimage doit pouvoir préserver la gaine des espèces prairiales afin d’assurer une repousse rapide en 16-18 jours. Ne faites donc pas sur-pâturer vos parcelles lors des premiers tours de mise à l’herbe au risque de ralentir la repousse.

    Pour les prairies dépassant 14 cm, une fauche à 7 cm est recommandée avant intégration au circuit de pâturage.

    Les mesures régulières de hauteurs d’herbe permettent de calculer les jours d’avance et d’optimiser la surface à exploiter.

    Adaptation du calendrier selon la surface disponible

    Pour les exploitations disposant de 45 ares d’herbe pâturée par vache laitière, la mise à l’herbe idéale se situe entre le 10 et 20 février.

    Les systèmes limités à 20 ares par vache privilégieront un début mars avec fin du premier cycle mi-avril.

    L’objectif reste une hauteur de sortie basse (4-5 cm à l’herbomètre) sur toutes les parcelles avant l’accélération printanière.

    Calcul des jours d’avance et stocks fourragers disponibles

    Calculer ses jours d’avance permet d’estimer combien de temps votre troupeau pourra rester sur les parcelles actuelles avant de devoir changer de zone. Cela évite d’être pris au dépourvu et de se retrouver à court d’herbe.

    La première étape consiste à connaître la quantité d’herbe disponible sur l’ensemble de ces paddocks.

    La formule à appliquer est : Hauteur consommable (cm) (déduire 5 cm à la hauteur mesurée, pour les vaches laitières) × Densité de l’herbe (en moyenne 250 kg MS/ha/cm) × Surface (ha).

    Vous mesurez ainsi toutes les hauteurs d’herbe de vos paddocks, grâce à un herbomètre.

    Par exemple, sur une ferme avec 15 paddocks de 1 ha, dont la hauteur d’herbe mesurée est en moyenne de 8 cm, la quantité d’herbe disponible est de 11,25 tonnes MS.

    La deuxième étape consiste à évaluer les jours d’avance.

    La formaule de calcul est : Quantité d’herbe disponible (kg MS) / Besoins quotidiens du troupeau (ks MS)

    Ainsi, pour un troupeau de 70 vaches laitières consommant 8 kg MS/jour chacune (complétées d’une ration à l’auge), les besoins quotidiens s’élèvent à 560 kg MS. Cette approche permet d’anticiper la durée d’autonomie fourragère : 20 jours d’avance.

    Planification des récoltes printanières en ensilage

    Le seuil de 650°Cj (base 0 depuis le 1er février) sert d’indicateur pour les fauches précoces.

    Les RGI atteignent régulièrement à la mi-mars le stade épi 10 cm, idéal pour un fourrage riche en azote.

    L’humidité persistante des sols nécessite une fenêtre météo favorable pendant au moins 5 jours, pour assurer le ressuyage et le préfanage optimal.

    Valeurs alimentaires du pâturage de mars en vache

    Les tables de référence INRA 2018 indiquent les valeurs alimentaires suivantes pour du pâturage de déprimage avant le 1er avril :

    Pâturage de RGA :

    • Matière sèche : 15,5 % MS
    • Encombrement : 1,02 UEL/kg MS
    • MAT :  220 g/kg MS
    • BPR : 65 g/kg
    • dMO : 77%
    • UFL : 1,09
    • PDI : 100 g
    • PDIA : 43 g
    • Cellulose brute : 215 g/kg
    • Phosphore abs : 2,5 g/kg
    • Calcium abs : 1,6 g/kg
    • Magnésium : 1,4 g/kg
    • BACA : 426 mEq/kg

    Pâturage de RGA et trèfles :

    • Matière sèche : 10,5 % MS
    • Encombrement : 1 UEL/kg MS
    • MAT :  250 g/kg MS
    • BPR : 88 g/kg
    • dMO : 80 %
    • UFL : 1,1
    • PDI : 110 g
    • PDIA : 52 g
    • Cellulose brute : 215 g/kg
    • Phosphore abs : 2,9 g/kg
    • Calcium abs : 2,4 g/kg
    • Magnésium : 3,5 g/kg
    • BACA : 248 mEq/kg

    Schéma récapitulatif

    pâturage mars

    Conclusion

    La gestion des prairies et du pâturage de mars exige une surveillance constante et des ajustements rapides. L’éleveur doit jongler entre les contraintes climatiques et les besoins nutritionnels du troupeau. Une planification rigoureuse assure l’optimisation des ressources fourragères printanières.

    En cas de besoin, rapprochez-vous de votre conseiller d’élevage ou nutritionniste indépendant.

    Article rédigé par Eva Garre

    Eva est nutritionniste indépendante pour les éleveurs bovins. Elle accompagne les éleveurs pour atteindre l’autonomie alimentaire et maximiser leur rentabilité.

    Contactez Eva au 06.59.58.22.32 ou par mail eva@evaenelevage.fr