La période de transition correspond aux 21 jours avant et 21 jours après le vêlage. Malgré sa courte durée, elle concentre la majorité des troubles métaboliques rencontrés en élevage laitier.
L’objectif est donc simple : maintenir la santé de la vache tout en préparant une lactation productive et une bonne fertilité.
Une période de transition pour de fortes adaptations
Au cours de cette période de transition, la vache passe d’un état de gestation à une production laitière pouvant dépasser 40 kg de lait par jour chez les animaux à fort potentiel génétique. Cette adaptation impose des modifications profondes du métabolisme énergétique, protéique, minéral et immunitaire.
Carvalho et al. (2019), dans une étude portant sur 5 085 vaches laitières, rapportent que 30 % des animaux présentent au moins une maladie clinique après le vêlage et que 60 à 80 % des maladies de lactation surviennent durant les trois premières semaines post-partum.
Ces résultats confirment que la réussite d’une lactation dépend largement de la qualité de la conduite de la transition.
Une baisse d’ingestion au moment où les besoins explosent
L’une des principales difficultés physiologiques réside dans le décalage entre les besoins nutritionnels et la capacité d’ingestion.
Dans les 10 à 14 jours précédant le vêlage, l’ingestion de matière sèche diminue généralement de 10 à 30 %, principalement sous l’effet des modifications hormonales et de la réduction du volume abdominal disponible (Grummer, 1995 ; Ingvartsen & Andersen, 2000).
À l’inverse, la production de colostrum puis le démarrage de la lactation entraînent une augmentation brutale des besoins énergétiques. Une vache produisant 45 kg de lait nécessite près de trois fois plus de glucose qu’en fin de gestation, principalement pour la synthèse du lactose (Bell, 1995).
Ce déséquilibre conduit presque systématiquement à un bilan énergétique négatif, considéré comme une adaptation physiologique normale tant qu’il reste modéré.
Le foie devient l’organe clé de la transition
Lorsque les apports alimentaires ne couvrent plus les besoins, les réserves adipeuses sont mobilisées. Les triglycérides du tissu adipeux libèrent des acides gras non estérifiés (AGNE) qui sont transportés vers le foie.
Trois voies métaboliques sont alors possibles :
- l’oxydation complète pour produire de l’énergie
- la transformation en corps cétoniques
- le stockage sous forme de triglycérides.
Chez la vache laitière, la capacité d’exportation des triglycérides sous forme de lipoprotéines est limitée par rapport à d’autres espèces animales. Lorsque l’afflux d’AGNE dépasse les capacités du foie, les lipides s’accumulent et favorisent la stéatose hépatique (Drackley, 1999).
Cette surcharge hépatique réduit la néoglucogenèse, augmente le risque de cétose et diminue les capacités immunitaires de l’animal.
Une période d’immunodépression
Le déficit énergétique ne constitue pas le seul défi en phase de transition !
Le vêlage s’accompagne également d’une diminution transitoire des fonctions immunitaires. Leblanc (2010) décrit cette phase comme « une immunodépression physiologique, caractérisée notamment par une réduction de l’activité des neutrophiles et des macrophages. »
Cette situation explique l’augmentation de la fréquence des infections utérines, des mammites et des rétentions placentaires observées au cours des premières semaines de lactation.
La nutrition influence directement cette réponse immunitaire en conditionnant les apports énergétiques, vitaminiques, minéraux et en limitant l’intensité du déficit énergétique.
Les maladies de transition ont un coût élevé
Selon Liang et al. (2017), le coût direct moyen d’un cas clinique est de l’ordre de :
- 550 ± 100 € pour un déplacement de caillette chez une vache multipare
- 370 ± 70 € pour une mammite
- 290 ± 60 € pour une boiterie
- 270 ± 55 € pour une rétention placentaire
- 225 ± 50 € pour une métrite
- 210 ± 45 € pour une hypocalcémie
- 155 ± 55 € pour une cétose.
Ces estimations n’intègrent pas les pertes indirectes de production, les réformes anticipées, les retards de reproduction ou l’augmentation de la charge de travail.
Overton et Waldron (2004) estiment que les maladies de transition représentent aujourd’hui l’un des premiers postes de pertes économiques dans les élevages laitiers intensifs.
Les objectifs nutritionnels ont évolué
Pendant longtemps, la ration de transition avait pour seul objectif de préparer la montée en lait.
Aujourd’hui, les stratégies nutritionnelles visent également à :
- maintenir l’ingestion de matière sèche
- limiter la mobilisation des réserves corporelles
- préserver le fonctionnement hépatique
- soutenir les défenses immunitaires
- réduire l’inflammation
- favoriser un redémarrage rapide de la reproduction.
Cette évolution explique l’intérêt croissant porté aux nutriments dits fonctionnels, comme la choline protégée, certains acides aminés essentiels ou les antioxydants.
Conclusion
La période de transition représente seulement 42 jours, mais elle conditionne une grande partie des performances techniques et économiques de la lactation suivante. Les connaissances acquises au cours des vingt dernières années montrent que la réussite de cette phase repose sur une approche globale associant alimentation, conduite d’élevage, confort des animaux et prévention des maladies métaboliques.
L’objectif n’est plus uniquement d’obtenir un pic de lactation élevé, mais de construire une vache capable de produire durablement, avec moins de pathologies et une meilleure efficacité alimentaire.

Article rédigé par Eva Garre
Eva est nutritionniste indépendante pour les éleveurs bovins. Elle accompagne les éleveurs pour atteindre l’autonomie alimentaire et maximiser leur rentabilité.
Contactez Eva au 06.59.58.22.32 ou par mail eva@evaenelevage.fr
Références bibliographiques
Bell, A.W. (1995). Regulation of organic nutrient metabolism during transition from late pregnancy to early lactation. Journal of Animal Science, 73, 2804-2819.
Carvalho, M.R., et al. (2019). Associations between postpartum disease and reproductive performance in dairy cows.
Drackley, J.K. (1999). Biology of dairy cows during the transition period: the final frontier? Journal of Dairy Science, 82, 2259-2273.
Goff, J.P. (2007). The monitoring, prevention and treatment of milk fever and subclinical hypocalcemia in dairy cows. Veterinary Journal.
Grummer, R.R. (1995). Impact of changes in organic nutrient metabolism on feeding the transition dairy cow. Journal of Animal Science, 73, 2820-2833.
Ingvartsen, K.L., & Andersen, J.B. (2000). Integration of metabolism and intake regulation: a review focusing on periparturient animals. Journal of Dairy Science, 83, 1573-1597.
LeBlanc, S.J. (2010). Monitoring metabolic health of dairy cattle in the transition period. Journal of Reproduction and Development, 56(S), S29-S35.
Liang, D., et al. (2017). Estimating the economic impact of transition diseases in dairy cows.
Overton, T.R., & Waldron, M.R. (2004). Nutritional management of transition dairy cows: strategies to optimize metabolic health. Journal of Dairy Science, 87(E. Suppl.), E105-E119.
Roche, J.R., et al. (2013). Invited review: Body condition score and its association with dairy cow productivity, health and welfare. Journal of Dairy Science, 96, 5811-5832.

