Le manque de fourrage doit être anticipé avant le début de l’alimentation hivernale.
Il faut d’abord connaître les stocks réellement disponibles et leur qualité. Cette analyse permet ensuite d’adapter la ration des vaches laitières et de choisir les solutions les plus pertinentes.
Manque de fourrage : quantité ou qualité ?
Un manque de fourrage ne signifie pas toujours que le silo sera vide avant la fin de l’hiver.
Le déficit peut d’abord être quantitatif, avec trop peu de tonnes de matière sèche pour couvrir les besoins du troupeau. Mais il peut aussi être qualitatif, avec suffisamment de volume mais des fourrages trop peu énergétiques, trop fibreux ou trop pauvres en protéines.
Ces deux situations peuvent aussi se cumuler. La première question à se poser n’est donc pas « quel aliment acheter ? », mais « qu’est-ce qui va réellement manquer dans ma ration cet hiver ? ». Plus ce diagnostic est réalisé tôt, plus l’éleveur conserve de leviers techniques et économiques.
Calculer son stock fourrager en tonnes de matière sèche
Le bilan fourrager commence par une estimation précise des stocks.
Pour les ensilages, il faut mesurer le volume du silo puis estimer la densité du fourrage, par exemple par plusieurs carottages représentatifs. La mesure du taux de matière sèche, grâce à une sonde à fourrage ou une analyse en laboratoire, permet ensuite de convertir ce volume en tonnes de MS disponibles.
Stock disponible = volume × densité × taux de matière sèche
Pour le foin et l’enrubannage, le calcul repose sur le nombre de bottes, leur poids moyen réel et leur teneur en matière sèche.
Stock disponible = nombre de bottes × poids brut× taux de matière sèche
Il faut également intégrer les pertes liées au stockage, à la reprise du silo et à la distribution. L’objectif est de connaître les tonnes de matière sèche réellement disponibles pour nourrir le troupeau.
Manque de fourrage : confronter les stocks aux besoins des animaux
Connaître son stock ne suffit pas. Il faut le confronter aux besoins des vaches laitières, des taries et des génisses pendant toute la durée d’hivernage.
Le calcul repose sur l’effectif, l’ingestion quotidienne de matière sèche et le nombre de jours à couvrir. Il est préférable de réaliser ce calcul séparément pour chaque catégorie animale. Une marge de sécurité doit aussi être conservée en cas de printemps tardif ou de consommation supérieure aux prévisions.
L’objectif n’est plus de dire « je risque d’être juste en maïs », mais par exemple « il me manque 30 tonnes de matière sèche pour tenir jusqu’à la mise à l’herbe ». Le bilan fourrager devient alors un véritable outil de décision.
Analyser les fourrages pour préparer la ration hivernale
Deux stocks identiques en tonnes de matière sèche peuvent avoir des valeurs alimentaires très différentes. L’analyse des fourrages permet de connaître, entre autre, leur matière sèche, leur valeur énergétique, leur teneur en MAT et leurs caractéristiques de fibrosité.
Pour l’ensilage de maïs, la teneur en amidon apporte aussi une information essentielle pour construire la ration. Une première analyse en vert peut être réalisée rapidement, puis confirmée lorsque le fourrage est stabilisé. L’échantillonnage doit être représentatif pour obtenir des résultats exploitables.
Analyser tôt permet surtout d’anticiper les corrections de ration et les achats de matières premières nécessaires pendant l’hiver.
Peut-on encore produire du fourrage ?
Lorsque le manque de fourrage est identifié suffisamment tôt, il reste parfois possible de produire des ressources complémentaires sur l’exploitation.
La pousse automnale peut d’abord être valorisée au maximum par le pâturage.
Selon la date, les parcelles et les conditions pédoclimatiques, des dérobées fourragères, du RGI, des trèfles, des méteils ou du colza fourrager peuvent aussi être envisagés. L’implantation d’une prairie sous couvert constitue une autre piste dans certains systèmes.
Il faut cependant rester prudent dans le bilan prévisionnel. Une culture qui vient d’être implantée ne constitue pas encore un stock acquis et son rendement dépendra des conditions météorologiques.
Acheter du fourrage en raisonnant en €/tMS
Lorsque l’achat devient nécessaire, il faut éviter de comparer uniquement les prix à la tonne brute.
Un fourrage humide peut sembler bon marché alors que son prix ramené à la tonne de matière sèche est élevé. La comparaison doit donc se faire en €/tMS rendu exploitation, en intégrant notamment le transport.
La valeur alimentaire doit aussi être prise en compte. Pour un ensilage de maïs acheté, il est utile de demander une analyse et notamment de regarder la teneur en amidon. Pour un fourrage à base d’herbe, la teneur en MAT et la fibrosité sont particulièrement importantes.
L’objectif est d’acheter une valeur alimentaire et pas simplement des tonnes.
Manque de fourrage : quelle place pour les coproduits ?
Les coproduits peuvent permettre d’économiser une partie des stocks fourragers, mais ils doivent être choisis en fonction du déficit de la ration.
Pulpes, drêches ou encore farine de biscuit n’apportent pas les mêmes nutriments et ne remplacent pas automatiquement un fourrage. Il faut regarder leur matière sèche, leur énergie, leur teneur en protéines et la nature de leurs fibres.
Le coût du transport, le stockage, la conservation et la régularité d’approvisionnement doivent également être intégrés au calcul. Un coproduit intéressant en €/t brute peut devenir beaucoup moins compétitif une fois rendu exploitation. La ration doit donc être recalculée dans son ensemble avant toute substitution.
Réserver les meilleurs fourrages aux vaches qui les valorisent
En situation de manque de fourrage, une partie de la solution se trouve aussi dans la répartition des stocks.
Les fourrages les plus digestibles et les plus énergétiques doivent être orientés en priorité vers les animaux ayant les besoins les plus élevés.
Les vaches laitières en production doivent notamment disposer d’une ration compatible avec leur niveau de production. Certains fourrages plus encombrants peuvent être valorisés par les génisses si leurs besoins de croissance restent couverts. Les taries doivent conserver une ration spécifique et ne doivent pas simplement recevoir les fourrages de moins bonne qualité. La constitution de lots peut aussi permettre de mieux cibler la distribution.
Quand le fourrage est rare, toutes les tonnes de matière sèche n’ont pas la même valeur et tous les animaux n’ont pas besoin de la même tonne.
Schéma récapitulatif
Face à un déficit fourrager, la démarche peut être résumée en six étapes :
STOCK – ANALYSE – BESOINS – DÉFICIT – RATION – SOLUTIONS.
Il faut d’abord quantifier les tonnes de matière sèche disponibles et analyser leur valeur alimentaire. Ces ressources sont ensuite comparées aux besoins des différents lots d’animaux pour identifier le déficit réel. La ration peut alors être recalculée avec les fourrages présents sur l’exploitation. Ce n’est qu’à cette étape qu’il devient pertinent de décider s’il faut produire, acheter ou substituer une ressource.
Cette méthode évite les achats réalisés dans l’urgence et permet de mieux maîtriser le coût alimentaire.
Conclusion
Le manque de fourrage se gère d’abord par l’anticipation du bilan fourrager et de la ration hivernale. Plus le déficit est identifié tôt, plus il reste de solutions pour sécuriser l’alimentation des vaches laitières. L’objectif est de passer d’une gestion du stock à une véritable gestion de la ration.
En cas de besoin, rapprochez-vous de votre conseiller d’élevage ou nutritionniste indépendant.

