Savoir comment calculer une ration pour vache laitière est un enjeu majeur dans la réussite technique d’un élevage.

Cet article a pour but de résumer la méthode de calcul d’une ration.
Des exemples de rations illustrent les propos.

Les indicateurs de sécurité de la ration sont précisés.
Et surtout les principales erreurs à ne pas commettre en nutrition animale.

N’oubliez pas qu’un rationneur basique est à votre disposition en fin d’article.

Calculer une ration nécessite de comprendre le fonctionnement du rumen.
N’oubliez jamais qu’une vache a un système digestif fait pour digérer de l’herbe à 100%. Cela signifie que, dans l’idéal, une ration devrait répondre aux critères suivants :

  • 0% d’amidon
  • Des sucres et de la cellulose
  • De l’azote assez soluble
  • Des oligo-éléments et des vitamines en quantité suffisante (ni excès ni carence)
  • Un pH neutre et stable

Pour garantir le fonctionnement du rumen, il est important de bien nourrir la flore microbienne.
Dans 1 mL de jus de rumen, il y a autant de bactéries, protozoaires et champignons, que d’habitants sur Terre !

Avant de vous lancer dans le rationnement, il est nécessaire de lire les 2 étapes préliminaires.

Etapes préliminaires

a. La capacité d’ingestion

La première étape du calcul de ration consiste à estimer la capacité d’ingestion de la vache moyenne du troupeau.

C’est la quantité d’aliments que la vache laitière peut ingérer, tout en tenant compte de ses caractéristiques : âge de l’animal, race, poids vif, état corporel, niveau de production laitière.

Comment calculer la capacité d’ingestion ? 

Il est nécessaire avant de vouloir équilibrer une ration, de connaître la quantité maximale d’aliments (fourrages et concentrés) que peut ingérer une vache par jour.
Pour cela, utilisons le tableau de référence ci-dessus.
Ce tableau permet de calculer la capacité d’ingestion d’une vache (Source : INRA 2007).

tableau inra capacite ingestion

Exemple d’une vache multipare de 4 ans, pesant 700 kg, produisant 25 kg de lait par jour, avec une note d’état corporel de 2,5, en 4ème semaine de lactation :

CI = (15,40 + 3,75 + 0,75) x 0,84 x 1 x 0,98 = 16,38 UE
Cette vache « standard » est capable d’ingérer jusqu’à 16,38 UE (Unité d’Encombrement).

Pour passer de l’unité « UE » à « kg de MS » :
Quantité ingérée par jour (en kg MS) = Capacité d’ingestion (en UE) / Valeur d’encombrement de la ration (UE)

La valeur d’encombrement de la ration est la somme des valeurs d’encombrement des aliments distribués. Ces valeurs sont disponibles dans les tables INRA.

Il est fondamental de saturer la capacité d’ingestion d’une vache, au risque de générer, entre autre, des maladies métaboliques. En résumé, la capacité d’ingestion correspond à la taille de votre frigo. A vous de le remplir au maximum pour maximiser vos chances de couvrir vos besoins alimentaires.

Cette valeur de capacité d’ingestion est nécessaire pour la suite du calcul de ration.

b. Les besoins alimentaires des vaches laitières

Le type de besoins à couvrir

Ces besoins sont différents en fonction de l’activité de l’animal :

  • l’entretien (permettant à l’animal de se maintenir à son poids initial, d’assurer ses fonctions vitales)
  • la production
  • la croissance
  • la gestation
graphique besoins alimentaires

Comment couvrir ces besoins ?

L’animal a besoin dans sa ration journalière de :

1. Energie (unité : UFL)
– pour maintenir sa température corporelle
– pour assurer les fonctions vitales de son organisme
– pour produire

2. Matières azotées (unité : grammes de PDI)
pour la construction de son organisme et la production

3. Minéraux, oligo-éléments et vitamines
– pour la construction de son organisme et notamment comme catalyseurs des différentes réactions chimiques de son métabolisme

4. Eau (en quantité et en qualité)

Les références à utiliser

Les références des besoins alimentaires des vaches laitières sont résumées ci-après. Elles peuvent être utilisées dans vos calculs de ration.

Les besoins d’entretien pour une vache pesant 650 kg et ayant peu de déplacement (bâtiment) sont de :
– 5,3 UFL (énergie)
425 PDI (azote)
17,2 g de phosphore
17,9 g de calcium

Les besoins de production pour 1 kg de lait à 40 g/kg de taux butyreux (TB) et 31 g/kg de taux protéique (TP) sont de :
– 0,44 UFL / kg de lait produit
48 gr de PDI / kg de lait produit
0,9 g de phosphore / kg de lait produit
1,25 g de calcium / kg de lait produit

Par exemple, les besoins journaliers d’une vache de 650 kg produisant 25 kg de lait à TB 40 et TP 31 sont de :
– besoins en énergie = 5,3 + (0,44 x 25) = 16,3 UFL
– b
esoins en azote = 425 + (48 x 25) = 1625 g de PDI
– b
esoins en phosphore = 17,2 + (0,9 x 25) = 39,7 g de P
– b
esoins en calcium = 17,9 + (1,25 x 25) = 49,15 g de Ca

Dans le rationneur gratuit que vous pouvez télécharger, c’est la méthode de “Lait Permis” par les besoins alimentaires qui est utilisée pour plus de lisibilité. Le lait permis signifie la quantité de lait que peut atteindre la vache laitière en fonction de la couverture des besoins en énergie et en azote évoqués ci-dessus.

Le calcul de la ration d’une vache laitière

a. La méthode de calcul

Maintenant que vous avez déterminé :

  • Vos animaux : capacité d’ingestion, état corporel, performances, …
  • Vos objectifs : quantité de lait à produire, besoins alimentaires à couvrir, marge sur coût alimentaire
  • Vos ingrédients disponibles (sur la ferme, et ce que j’achète) : les fourrages, les concentrés et éventuellement les coproduits.

Il est temps de passer au rationnement et comment calculer une ration pour vache laitière.

Grâce aux valeurs alimentaires de chacun des ingrédients que vous intégrez dans la ration, vous allez progressivement couvrir à la fois la capacité d’ingestion de votre vache, ainsi que ses besoins en énergie et en azote.

b. Exemple de ration pour vache laitière

Prenons l’exemple d’un troupeau de vaches laitières, dont la production laitière est de 26-27 kg de lait à un taux butyreux de 40.

Etape 1 : La capacité d’ingestion et donc la quantité de matière sèche ingérée

Capacité d’ingestion = 16,38 UE
Matière Sèche Ingérée = 19,2 kg MS/jour/vache
Ces données sont issues d’une ration type observée en élevage laitier.

Etape 2 : Les besoins alimentaires de mes vaches laitières

Besoins en énergie = 17 UFL
Besoins en azote = 1700 g de PDI
Par souci de simplicité dans cet exemple, nous ne prendrons pas en compte la couverture minérale. Un autre article du blog y est consacré.

Etape 3 : Les ingrédients de ma ration

Les captures d’écran illustrant le calcul de ration sont issues du rationneur gratuit mis à votre disposition en fin d’article.

D’abord les fourrages :
Je distribue de l’ensilage de maïs, de l’ensilage d’herbe (Ray Grass Anglais -Trèfle blanc), avec un fond de foin de dactyle.
Soit 10,8 kg MS d’ensilage d’herbe + 5,3 kg MS d’ensilage de maïs + 1,7 kg de foin.

Je constate que les valeurs alimentaires de mes 3 fourrages ne suffisent pas à couvrir les besoins alimentaires, principalement en azote (PDIN et PDIE).

Attention à rester vigilant concernant le niveau de production. Il peut rapidement varier dès lors qu’un fourrage voit ses valeurs alimentaires modifiées.

Puis, j’ajoute des concentrés (orge et tourteau de colza tanné) : 1,2 kg de tourteau + 0,7 kg d’orge.

Mon objectif de production est alors atteint :
26,7 kg de lait pour une ingestion de 19,6 kg de matière sèche.

c. L’équilibre de la ration

Savoir comment calculer une ration pour vache laitière ne suffit pas.

Pour obtenir un fonctionnement du rumen stable et optimal, il est nécessaire d’équilibrer la ration à différents niveaux :
– De la cellulose et des fibres NDF en quantité suffisante pour alimenter les bactéries cellulolytiques du rumen
– De l’amidon et des sucres en quantité suffisante pour alimenter les bactéries amylolytiques du rumen
– De l’énergie, des matières azotées et des minéraux pour nourrir la flore microbienne.

Pour vérifier l’équilibre des apports énergétiques et azotés, deux calculs simples sont recommandés une fois votre ration saisie :

PDI (celui le plus limitant) / UFL

Il traduit l’équilibre énergie-azote de la ration. L’objectif est de se rapprocher de 100 g de PDI / UFL.

(PDIN – PDIE) / UFL

Il traduit l’équilibre entre les PDIN et les PDIE. L’écart ne doit dépasser les +/- 4 points.

Les indicateurs de sécurité (cellulose, amidon, NDF, IF)

Pour sécuriser ma ration, je surveille les indicateurs suivants, utilisés pour caractériser le profil acidogène de la ration.

1. Taux de cellulose brute de la ration > 16 %

Le taux de cellulose brute doit être d’au minimum 16% afin de sécuriser la ration.

2. Teneur en paroi NDF > 35 %

Cette notion évalue la fibrosité d’un fourrage et donc d’une ration. Afin que les animaux aient un apport suffisant en fibres, la teneur en NDF doit être supérieure à 35%.

3. Teneur en amidon < 25 %

Quand la ration est inférieure à 25% d’amidon, il y a un risque d’amaigrissement des animaux. Et lorsque la ration a une teneur supérieure à 25% d’amidon, cela peut conduire à une baisse du pH ruminal et donc une diminution de l’ingestion et à des problèmes d’acidose.

D’autres repères peuvent être utilisés comme le taux d’urée dans le lait et les résultats de taux butyreux et protéique.

Ces indicateurs de sécurité ne sont pas intégrés dans le rationneur basique à votre disposition. Si l’envie vous prend d’aller plus loin dans l’analyse de votre ration, contactez-nous !

Les erreurs à ne pas commettre

Maintenant que vous savez comment calculer une ration pour vache laitière, gardez en tête les trois erreurs à éviter.

Le manque de fibres : votre troupeau vous l’illustrera avec des bouses molles, des lunules (interstices entre pieds) rouges, davantage de boiteries même légères, des grains visibles et des fibres +2 cm non dégradées dans les bouses, baisse de la rumination (compter au moins 40 coups de mâchoire par déglutition).

Trop d’amidon : le rumen s’acidifie, il y a donc une baisse du pH ruminal (inférieur à 6 pendant +4h = danger !). Des signes d’acidose apparaissent alors : augmentation du flux sanguin au niveau des sabots pouvant amplifier des boiteries, des bouses mal digérées et plus liquides, une réduction de l’écart TB-TP et une chute de production laitière.

Trop d’azote soluble (PDIN, urée) : votre troupeau vous l’illustrera avec des bouses noires et molles, des diarrhées, et des effets de météorisation (ventre qui gonfle).

Le rationnement … des calculs à l’infini

Le rationnement des vaches est un système mathématique complexe, qui tente de se rapprocher des réalités pratiques du terrain.

Saisir des rations parfaites à l’ordinateur (ou sur papier, pour les plus courageux) ne met pas à l’abri l’éleveur d’un « raté » sur son troupeau.

Lorsque l’on sait comment calculer une ration pour vache laitière, il est fondamental de rester vigilant sur l’observation du troupeau et des signes que peuvent émettre les vaches, les analyses de fourrages, les bousologies, les équilibres minéraux, les unités (UGB …), etc.

Un nutritionniste indépendant reste votre allié le plus sûr.

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Notre équipe  analyse les rations  des éleveurs.