La diarrhée du veau est un défi en élevage bovin.

Les jeunes veaux développent des symptômes de diarrhées dès que l’alimentation et/ou l’environnement de vie ne sont pas optimales. Les incidences économiques peuvent être importantes.

L’origine des diarrhées et leurs agents pathogènes sont nombreux. Décortiquons le vrai du faux !

Il existe 3 types de diarrhées chez les veaux :

  • la diarrhée d’origine digestive/alimentaire
  • les diarrhées d’origine infectieuse avec notamment la « diarrhée blanche » (à infection d’E. coli) et la « diarrhée salmonellique »
  • les diarrhées d’origine parasitaire : la coccidiose et la cryptosporidiose

La diarrhée du veau d’origine digestive

Ce type de diarrhée est courante mais sans gravité. Elle peut être facilement prise en charge.

Cette diarrhée est due au passage d’un excès de lait à travers les estomacs du veau (en formation) vers l’intestin grêle.

Ce type de diarrhée peut aussi apparaître après un changement de régime alimentaire trop rapide, ou une alimentation à mauvaise température (trop froid, ou trop chaud), ou une quantité excessive de lait donné au seau.

La diarrhée blanche ou d’origine infectieuse à E. coli

Ce type de diarrhée est la plus répandue en élevage.

L’origine de cette diarrhée est un germe appelé Escherichia coli. Ce germe est un hôte normal des intestins du veau. Cependant, des pratiques d’élevage diminuant l’immunité du veau favorisent l’apparition de diarrhées blanches :

  • le manque de colostrum et donc d’anticorps
  • un environnement froid, avec courants d’air, humide
  • une prise alimentaire variable en quantité, en température et en qualité
  • une absence de vide sanitaire entre deux veaux

La diarrhée à Salmonelles

Ce type de diarrhée est moins courante, mais les conséquences sont graves.

Cette diarrhée est d’origine infectieuse par un germe appelé Salmonelle. Ce germe peut venir d’autres veaux infectés, des vaches guéries mais porteuses du germe, d’autres animaux d’élevage (truies, volailles principalement), d’humains infectés ou de rats.

L’importance est donc de maintenir des pratiques de biosécurité sérieuses, surtout si plusieurs ateliers sont présents sur la ferme : nettoyage et curage des bâtiments, changement de tenue, désinfection des chaussures, utilisation unique des tenues de travail par le personnel.

La Salmonelle provient très souvent de l’extérieur. Ce germe entre dans l’élevage lors de l’arrivée de bêtes depuis d’autres élevages ou marchés de bestiaux ; d’où l’importance des mises en quarantaine.

Quels symptômes pour chaque diarrhée du veau ?

Les symptômes sont différents selon le type de diarrhée. Cela facilite la reconnaissance du type de diarrhée. Les traitements à mettre en place sont ainsi plus facilement adaptés.

De manière générale, il faut surveiller les symptômes suivants :

  • une modification de la température corporelle (en dehors de la plage 38,5 – 39,5 °C)
  • une modification du comportement tels que des postures d’abattement, de veaux prostrés, un arrêt d’alimentation, etc.
  • une déshydratation
  • une dilatation de l’abdomen

Pour s’assurer du type de diarrhée dont le veau est atteint, la décision la plus pertinente reste l’analyse de féces et la consultation d’un vétérinaire. L’analyse de féces permettra d’identifier le germe et d’ainsi adapter le traitement curatif.

Pour la diarrhée d’origine digestive, les féces sont habituellement de couleur jaune.

Pour la diarrhée blanche, le veau subit une baisse de sa température corporelle (oreilles et queue froides). Si la maladie est prise en charge tardivement, le veau sera prostré, déshydraté et anémié. Les yeux du veau sembleront « enfoncés ».

Pour la diarrhée à Salmonelles, le veau subit une forte hausse de la température (environ 40°C) avec des féces allant du jaune à du foncé teinté de sang selon la gravité. La prise en charge doit être rapide car la maladie évolue en quelques jours avec des veaux qui peuvent mourir en 24 à 48 heures.

Comment soigner la diarrhée du veau ?

Pour soigner correctement et efficacement une diarrhée chez un veau, il est nécessaire de déteminer quel type de diarrhée le concerne. Une analyse coproscopique permet d’identifier le pathogène et ainsi d’adapter le médicament.

En parallèle, aussitôt le veau malade identifié, il est nécessaire de l’isoler des autres animaux sains. Dans l’idéal, une désinfection de sa zone de vie est conseillée.

Les mesures préventives restent la meilleure arme contre les diarrhées du veau :

  • une température de buvée de lait comprise entre 42 et 45°C
  • un mode de distribution cohérent (éviter le seau et préférer les tétines avec buvée la tête vers le haut)
  • un apport de colostrum suffisant et de qualité (utiliser un réfractomètre)
  • un environnement de vie sain et propre

Comment réhydrater un veau ?

Quelque soit le type de diarrhée, la mise à disposition d’eau est fondamentale pour éviter une déshydratation.

L’état de déshydratation du veau est un indicateur permettant de prendre la décision d’appeler un vétérinaire.

Estimer l’état de déshydratation

L’état de déshydratation du veau peut s’estimer grâce à 4 points d’observation :

  • le pli de peau : si le pli de peau est persistant au niveau des côtes au-delà de 2 secondes, on considère le veau comme déshydraté.
  • l’oeil : si l’oeil du veau est creux, on le considère déshydraté. Le mufle sec confirme aussi cet état.
  • la température corporelle : elle doit être comprise entre 38,5 et 39,5°C. En cas d’hypothermie, il faut couvrir rapidement le veau à l’aide d’une couverture ou mieux d’un manteau sans manches qu’on lui enfile par les pattes !
  • le réflexe de succion : si le veau n’a plus le réflexe de succion, son état général est mauvais.

Agir en conséquence

Si l’état de déshydratation est suspectée, vous pouvez délivrer un réhydratant au veau. De nombreux produits existent sur le marché. Pour bien le choisir, vérifier sa composition qui doit être riche en ions (Na+, K+, …), en lactose (apport d’énergie par les molécules de glucose), et dans l’idéal en bicarbonate.

Si l’état est trop sévère, vous pouvez faire confirmer la déshydratation auprès d’un vétérinaire.

D’autres actions complémmentaires sont efficaces : réchauffer le veau avec une lampe chauffante, réhydrater par voie orale et apporter de l’énergie par une distribution de miel par exemple.

Comment soigner la coccidiose chez le veau ?

La coccidiose est une maladie parasitaire, qui atteint les veaux âgés de 3 semaines à 6 mois. Le parasite, très résistant dans le milieu extérieur, détruit les cellules de l’intestin grêle du veau.

Les symptômes sont reconnaissables :

  • une attitude abattue, un comportement de pica
  • des fèces foncés et tâchés de sang
  • d’un ralentissement de croissance jusqu’à la perte de poids
  • un poil piqué, un état général dégradé, un arrière train sale

Les facteurs de risques

Il est difficile d’éradiquer ce parasite des élevages. Le but est de développer et renforcer l’immunité du veau contre ce parasite, qui le touchera tôt ou tard.

Le plus efficace reste la prévention et la bonne gestion des facteurs de risque :

  • un logement propre et une ambiance saine en nurserie : curage et paillage régulier, absence de courants d’air et d’humidité, vide sanitaire efficace, des lots d’animaux homogènes et non surchargés (2 m²/veau jusqu’à 3 mois).
  • une limitation des stress comme l’écornage, la séparation avec ses congénères, un changement de lieu, une manipulation par l’éleveur, etc.
  • une alimentation stable et équilibrée : un apport suffisant de colostrum, des fibres à volonté, pas de changement brutal de plans d’alimentation
  • une bonne maîtrise du parasitisme sur la ferme : établir une stratégie anti-parasitaire avec son vétérinaire (traiter les animaux infectés, pas de molécules en systématique, anticiper les mises à l’herbe, …)

Si la maladie a déjà fait des dégâts sur votre élevage de veaux, un traitement anticoccidien reste la solution efficace. Rapprochez-vous de votre vétérinaire. Il vous suggerera probablement une analyse coproscopique pour adapter le médicament à utiliser.

Comment soigner la cryptosporidiose chez le veau ?

La cryptosporidiose est une maladie atteignant les veaux âgés de 4 à 15 jours, due à un parasite de type protozoaire, Cryptosporidium parvum, dont le cycle se déroule en trois à quatre jours dans l’intestin grêle.

Les symptômes sont l’apparition de diarrhées de consistance « mayonnaise » de couleur vert avec une odeur aigre, une perte de poids, 

Le risque est plus accru sur la période allant de janvier à mars

Il n’existe aucun vaccin à ce jour permettant de lutter contre ce type de diarrhée chez le veau. Un traitement antibiotique peut aider à soulager les symptômes. Les mesures préventives évoquées dans la gestion de la coccidiose sont aussi recommandées pour empêcher l’apparition de la cryptosporidiose en élevage.

Restez vigilants car cette maladie est transmissible à l’homme !

Quelles médecines complémentaires pour prévenir la diarrhée du veau ?

Les médecines complémentaires peuvent aider à apaiser les symptômes des diarrhées.

La mise à disposition d’argile de bentonite dans un seau à volonté aura un intérêt pour ses effets d’absorption. Les veaux sauront se réguler. A ne pas utiliser en parallèle d’un complément minéral, qui sera capté par l’argile.

L’ajout de kéfir dans le lait peut permettre de réensemencer la flore bactérienne. Un yaourt périmé, avec davantage de ferments lactiques, pourra aussi faire l’affaire.

L’apport d’énergie pour un veau chétif peut être satisfait par la distribution de miel directement dans la bouche de l’animal. Cet apport aura aussi pour effet de stimuler la prise alimentaire.

Les thés de foin (laisser tremper du foin de prairies naturelles dans de l’eau chaude) et les thés d’ortie (riche en fer et vitamine C) apporteront minéraux, chaleur, hydratation et réconfort aux veaux. Doser environ 150 grammes de plantes fraîches pour un litre d’eau.

En homéopathie et en aromathérapie

En homéopathie, pour aider aux diarrhées alimentaires, l’utilisation de Podophyllum Peltatum 5CH est recommandé à hauteur de 5 granules par jour pendant 3 jours. Pour aider à lutter contre les strongles digestifs, vous pouvez utiliser Cina 5CH à hauteur de 10 granules par jour pendant une semaine.

Certaines huiles essentielles peuvent être utiles selon les symptômes et le type de diarrhées. On retiendra que l’huile essentielle de Cannelle de Chine en usage externe est utile en cas d’infection gastro-intestinales. L’huile essentielle de Tea Tree sera pertinente dans le cas de diarrhées à origine parasitaire, en usage oral ou externe. En cas de spasmes digestifs et dilatation de l’abdomen, l’huile essentielle de Basilic exotique sera utile. Pour rappel, l’utilisation d’huiles essentielles doit être faite en connaissance du produit, de ses conséquences. Ne mettez jamais en contact directement vos yeux/nez/peau avec une huile essentielle, particulièrement si vous avez un terrain allergique et si vous êtes une femme enceinte ou allaitante. Demandez conseil à un spécialiste.

Quelles incidences économiques liées à la diarrhée du veau ?

Les diarrhées des veaux est une pathologie courante et coûteuse en élevage bovin. Elle est au coeur des enjeux de bien-être animal.

Les taux de mortalité, la prise en charge de la maladie, les conséquences sur la croissance et les performances des animaux survivants conduisent à des pertes économiques significatives. Pour un cheptel laitier de 70 vaches, dont les diarrhées concernent 20% des veaux avec un taux de mortalité de 15%, l’incidence économique d’environ 1600 € par an, soit 23 € par vache. Les postes de dépense sont, par ordre d’importance : le coût des traitements, la perte liée aux mâles et aux génisses, les retards de croissance.

Les diarrhées ont un impact négatif significatif sur la rentabilité des élevages. Un diagnostic sanitaire, une mise en place de mesures correctives, une vérification de la gestion de la prise clostrale doivent être prioritaires si votre élevage est concerné par les diarrhées des veaux.